Locmiquélic, Village de Riantec (révolution de 1789)

Riantec, aux abords de Lorient, capitale des Bleus était situé un peu en marge du foyer insurrectionnel. Sa trêve, Port-Louis, devint la cité jacobine de Port-Liberté. Il est donc intéressant de voir comment cette paroisse réagit aux idées révolutionnaires.

En 1789, Riantec compte 3200 âmes. Sur la rive gauche de la rade, elle englobe le territoire actuel de Gâvres, Locmiquélic et Riantec. La ville du Port-Louis jouit, déjà, d’une certaines autonomie.

Nombre d’habitants vivent de la pêche de temps immémorial. A l’aube de la révolution, la paroisse arme une centaine de chaloupes dont la « Marie-Vincente » et la « Providence » de mes aïeux Vincent Mollo et Paul Danigo. Ces aristocrates de la mer sont liées par leurs affaires au monde bourgeois de Port-Louis.

Les registres de baptêmes de Sainte Radegonde donnent la liste de ces Péron, Crozet, Calvé... négociants blavétins, qui ont « parrainé », sur les fonds baptismaux, les enfants de nos patrons pêcheurs et matelots. On notera que la révolution creusera un fossé entre nos marins chouans et leurs partenaires Bleus.

Dans les quartiers de Locmiquélic, les Bleus recruteront, sans doute quelques adeptes dans le petit monde grouillant des calfats et charpentiers minahouëts, travaillant aux Chantiers de la Marine. Mais... Bon sang ne peut mentir. Nos arrière-grand-tantes de Locmiquélic seront des chouannes entêtées dont les Bleus de Port-Louis devront, avec raison, se méfier.

Elles aiment leurs prêtres fidèles, n’ont aucune confiance dans les « prêtres de paille » (beley plouz) et ne sauraient dire patenôtres à quelque nébuleuse Déesse Raison (même si celle-ci revêt les traits charmants d’une « pin-up », telle Lili de la Fouesnardière). Quel illusoire Etre Suprême pourrait détrôner Sainte Radegonde de Riantec ?

Quelques aubergistes logent à pied et à cheval, au bourg, tel mon aïeul Plévert, ou à la campagne. L’auberge du Petit Guénic, à l’écart du bourg, sur la grande route du Merlevenez au Port-Louis, servira de relais aux émissaires chouans. Fondé vers 1772, (sur les landes du Roi que le Domaine Royal a afféagées) par des paysans originaires de Kerguelen en Merlevenez (mes ancêtres Jégo), elle est encore dénommée Ti-Jégo par les habitants du quartier.

Un fils de la maison Joachim Jégo, sera le capitaine des chouans de la paroisse (« Lettre à mes neveux sur la chouannerie » de Guillemot). Cela vaudra à la maison ancestrale d’être souvent fouillée par les Bleus.

Dans la campagne travaille tout un monde de manouvriers, dans les métairies neuves aux jolis noms de France : La Crozetiere, La Ville–Marion, le Clos-Calvé, construites par les armateurs et navigateurs portlouisiens dans nos vieilles landes ducales. Plus nombreuses encore, dans les bruyères, s’éparpillent les vieilles fermes bretonnes issues de l’antique fonds celtiques : Brambis, Branroch, Saint Diel , Kervignac...

Les métayers les plus aisés feront partie des municipalités républicaines : Pierre Le Fur du Distro, Joesph Guyonvarch de Kervassal, Vincent Le Bozec de Kerverne. Cela ne les empêche, d’ailleurs pas, d’avoir le « cœur chouan ». Parmi les autres notabilités, citons Nicolas Jégo, fournier à Locmiquélic, futur maire. Le Gleour aubergiste au bourg, Paul Danigo patron pêcheur et procureur de l’église.

 

Les propriétaires nobles

L’état de levée du vingtième sur les biens fonds (1779) permet de relever le nom des principaux propriétaires fonciers : Cosnoal du Cartier, qui réside au château de Toullane; Thomas Rapion de la Placelière, capitaine de la Compagnie des Indes, propriétaire du manoir de Kersabiec; de Castillon, de la Couldraye  de Francheville, de Penverne, du Faouedic, de Ricquebourg, l’abbé de Kergatoarne, de Maupéau, Gouvello de keryaval, de Donges, l’abbaye de la joie d’Hennebont.

Au rôle du vingtième de 1779, Cosnoal du Cartier est inscrit pour 108 livres; Bréart de Boisanger, pour 60 livres; de Keryaval pour 38 livres; la veuve Rapion de la Placelière pour 31 livres. Ce sont nos fortunes foncières...


Texte relevé dans les « Chroniques Riantécoises »